Etymologiquement « l’île du Lion », Singapour est une microscopique entité sur la carte du monde. Devenue en 1965 un Etat souverain, avec ses propres instances gouvernementales, judiciaires, financières, avec sa monnaie (le « Singapore dollar »), cette île minuscule de 40km sur 60 est tout simplement l'un des plus petits pays du globe. Elle n'en demeure pas moins l'un des plus riches par son revenu par habitant, loin devant la plupart des pays membres du prétentieux G8.
Peut-on alors considérer Singapour
comme un modèle de développement pour les pays d’Asie, ou d'ailleurs… ?
Comment a-t-elle pu accéder a ce statut si particulier pour devenir l’un des
« dragons » de l’Asie? Abélard vous l'explique.
La réussite de Singapour s'explique
principalement par la conjonction de trois facteurs clés de succès :
1/- Une position géographique
propice au développement des échanges :
Située a l'extrémité du Detroit de
Malacca, Singapour était, au 19eme siècle, un passage oblige, pour les navires
de commerce, entre l'Océan indien et la gigantesque mer de Chine. Cet héritage
ne s’est pas perdu aujourd'hui. Singapour possède l’un des trois plus grands
ports de commerce du monde, et que dire de son petit bijou d’aéroport, élu tous
les ans « meilleur aéroport du monde de la terre de la mort qui tue »
par toutes les compagnies de tourisme et de transport de marchandises.
2/- L'afflux massif des
investissements étrangers sous la protection de l'administration coloniale
britannique :
Même si la courte Histoire de
Singapour est plutôt « mouvementée » (Colonisation britannique, occupation
japonaise, rattachement a la Malaisie puis accession a l'indépendance), les
gouvernements successifs de l’île ont toujours focalise leur attention sur des
préoccupations économiques. Singapour, que l’on disait condamnée à
« mourir de faim » au début des années 70, a pratique très
efficacement une politique d’appel aux investissements étrangers, notamment a
travers la mise en place d’une fiscalité très attractive, dont elle récolte
encore les fruits aujourd’hui (goyaves, mangues, kiwis, et bien d’autres…)
3/- Une forte culture du travail
véhiculée par la population majoritairement d'origine chinoise :
C'est un facteur à ne pas négliger
pour comprendre le développement du pays. La population singapourienne,
majoritairement d’origine chinoise, a toujours porte en très haute estime la
réussite sociale liée au travail. Dans un pays ou les avantages acquis n’existent
pas, le travail est toujours présente comme le seul moyen d’accession au
bonheur individuel et collectif. Est-ce être un odieux réactionnaire fasciste
et bourgeois que d’affirmer que la France ferait bien, de temps en temps, d’en
prendre de la graine ?
…Mais un
développement fragile
Quoi qu'il en soit, le futur du
pays n'est pas si rose qu'il n'y paraît. Les tumultueuses années 90, riches
d’évènements aux conséquences funestes, ont permis d’entrevoir la relative
fragilité du « modèle » singapourien.
La crise asiatique de 97, tout
d’abord, et les actuelles difficultés économiques globales sont de nature à
décourager les investisseurs étrangers. Si l’on ajoute à cela d’inquiétantes
instabilités politiques chez les proches voisins de Singapour, comme
l’Indonésie ou les Philippines, on constate que le climat de confiance qui
prédominait se retrouve aujourd’hui quelque peu assombri.
En conséquence, Singapour est
aujourd’hui indéniablement en perte de vitesse. Et c’est tout naturellement sa
principale rivale d’Asie, Hong Kong, qui en profite. Non loin de la Corée, du
Japon, du Vietnam et bien évidemment au cœur du colossal marché chinois, Hong
Kong semble aujourd’hui mieux parée que Singapour pour devenir la principale
place financière et économique du continent. (cf. dossier « Hong Kong,
Jackie Chan et Lee Kah Shin », a paraître…)
Enfin, Singapour doit aujourd’hui
faire face à un nouveau handicap : la remise en question du
« modele » par la jeune generation. Contrairement a leurs aines, dont
l’existence fut plus difficile, entre occupation militaire et régime
autoritaire, les jeunes Singapouriens refusent aujourd’hui cette « vie de
labeur » et aspirent à s’épanouir pleinement au sein de la nouvelle
« société des loisirs ».
S'il est au monde un endroit qui
pâtit de sa réputation, c'est bien Singapour. En France tout particulièrement,
nos prétentieux intellectuels bien pensant, qui ne voient pas plus loin que
leur morale socialo-regressive écule (pour ne pas dire plus), ont tôt fait de
reléguer ce pays au rang des plus infâmes dictatures de la planète et de lui
ôter toute voie au chapitre en matière de progrès social et d'épanouissement de
la personne humaine. Ils se rendent malheureusement coupables, sciemment pour
la plupart – n’est-ce pas encore plus condamnable ? - d'un aveuglement
bien répréhensible. L'amalgame entre les républiques bananières africaines et
l'état de droit de Singapour est injustifié.
Bien sur, le régime politique de
Singapour n’est probablement pas a citer en exemple dans les écoles de démocratie.
99% des sièges du parlement sont détenus par les membres d’un même parti, et
les électeurs connaissent rarement de dilemmes cornéliens lorsqu’ils se rendent
aux urnes… Il y a certainement une raison pour laquelle le plus célèbre ouvrage
de Tocqueville ne s’intitule pas De la démocratie a Singapour…
Cependant, nous sommes ici bien
loin de l’arbitraire et de l’obscurantisme, tant combattu par nos philosophes
des lumières. « Dura Lex Sed Lex » dirait le proverbe chinois, si Lao
Tseu était d’origine latine. La loi est dure a Singapour, mais c’est la loi, et
elle est appliquée. Nous nous trouvons finalement au cœur de « l’Etat de
Droit » par excellence.
Singapour en
bref :
- La langue la plus pratiquée à
Singapour n’est ni l’anglais, ni le Chinois, mais le « Singlish »
(Singaporean English), amalgame délicieux entre chinoiseries incompréhensibles
et intonations d‘Oxford.
- En Singlish, toutes les phrases
se terminent par « …, laaaaah… »
Ex : - Comment allez-vous
aujourd’hui ? - Très bien, merci
- How are you today ? - OK,
laaaaah….
- A Singapour, il fait très
chaud : 30 degres C minimum et 80% d’humidite. « So
hot, laaaaah…. »
- Les Chinois de Singapour
vieillissent de façon différente des occidentaux. Jusqu'à 40 ans, on dirait
qu’ils en ont 25, mais a 41 ans, ils donnent l’impression d’en avoir plus de
80. Du coup, la ville semble être peuplée uniquement de très jeunes et de très
vieux.
- Contrairement a ce que pourraient
laisser penser leurs proverbes philosophiques, les Chinois sont les gens les
plus matérialistes du monde (à l’exception peut-être des Américains…). Et les
Chinois de Singapour sont les plus matérialistes des Chinois…
- L’artiste un peu intello qui débarque
de Montmartre a Singapour est assure d’y avoir de passionnantes conversations
avec la population locale...
- Les voitures a Singapour sont les
plus chères du monde. Les prix sont incroyablement majores à l’importation. Une
Honda Civic vaut à peu près 350000 francs. Cela a pour but de limiter le nombre
de véhicules dans l’île. Les gens qui possèdent une voiture sont donc en général
très riches. On voit alors très peu de Honda Civic, mais beaucoup plus de
Mercedes et de BMW Série 7…
- Les Singapouriens adorent les Américains
et ils copient tout ce qu’ils font. Ils deviennent même obèses, par mimétisme…
- A Singapour, il y a énormément
d’expatries, surtout Australiens et Britanniques. On les repère facilement dans
la rue, car ils dépassent de deux têtes le flot de piétons singapouriens…
- Le championnat de foot de
Singapour est l’un des plus nuls du monde. Les stars y sont d’anciens joueurs
retraites de la troisième division anglaise…
- Les Singapouriens ne s’intéressent
au sport QUE pour parier de l’argent sur l’issue des rencontres. Ils détestent
donc tous la France, qui leur a fait perdre beaucoup d’argent pendant la Coupe
du monde de football de 2002.
- Les Singapouriens sont le peuple
du monde qui a le moins de rapports sexuels dans l’année. Cette nouvelle (a
sensation, vous en conviendrez) fait régulièrement LA UNE du premier quotidien
national, accompagne de conseils pour mieux faire jouir sa copine…
- A Singapour, tout passe par les
« campagnes d’informations ». Si le gouvernement, ou n’importe quelle
association, veut faire passer une idée, elle lance une « campagne
d’information ». A cote des campagnes assez classiques, du style
« Conduisez prudemment » ou « Gardez votre ville propre »,
on a donc également eu le droit a des campagnes plus originales :
« Garder les toilettes
publiques propres ! »
« Ne soyez pas en retard a vos
rendez-vous professionnels »
« Parlez l’Anglais
correctement ! » (cf paragraphe sur le Singlish)
et bien sur le désormais incontournable « Libérez Singapour du SRAS ! »