Paris,
enfer ou paradis ?
« Paris et le
désert français », « Paris sera toujours Paris », « Paris
est magique », « Paris vaut bien une messe », et rien, ou si
peu, sur Lyon, Bordeaux, Marseille ou Lille. L’Hexagone ne vit que par Paris,
devenue centre névralgique de la France dans un Etat Jacobin. Il semble
bien que Paris fascine toujours autant qu’au temps de Balzac, où Rastignac
n’avait de cesse de réussir à Paris, comme si ces
deux termes ne pouvaient être séparés.
Et
pourtant, Paris, n’est-il (ou elle ?) pas, avant tout, un enfer
moderne ?
Un peu de recul et de
sang froid amèneront plutôt à la conclusion suivante : Paris est un mal
nécessaire dans la compétition internationale
Il y a d’abord les
bouchons. C’est vraiment insupportable, et c’est de
pire en pire avec les voies de bus. Les bouchons à Paris rythment les journées,
les semaines, les saisons. Le Lundi, on ne sait pas pourquoi, ça roule. Peut
être est-ce l’influence des 35 heures et des longs WE. Mais à partir du jeudi,
ça se dégrade, et le vendredi, c’est la catastrophe. On peut rester jusqu’à 2
heures bloqué rue de Rivoli, surtout s’il pleut. Quand il pleut, les gens
adoptent une prudence excessive, et l’ampleur des bouchons s’en trouve
décuplée. Le débat fait rage actuellement entre les tenants des transports en
commun, plutôt de gauche, et ceux des transports individuels, plutôt de droite
(solidarité vs méritocratie). Même s’il paraît que le nombre de voiture à Paris
a diminué l’année dernière sous le coup des voies de bus, vu de l’intérieur, au
contraire, la situation semble plutôt s’être nettement dégradée.
Du coup, la tentation
est grande de recourir au scooter, qui offre la possibilité d’avoir un temps de
parcours rapide et fiable (et ce en dépit des inconvénients du danger, du port
du casque pour les bien coiffés, et de la pluie)
D’autre part, la
qualité de la vie à Paris pour les personnes disposant de peu de moyens, est
tout à fait contestable. Les prix de l’immobilier ne cessent de flamber,
et, chaque année, on évoque le spectre de la bulle spéculative de 91 sans que
la croissance des prix ne se démente. Quand cela va t’il s’arrêter ? Du
coup, les couples avec enfant n’hésitent plus à franchir les portes de Paris
pour se réfugier dans les banlieues chics comme Levallois et maintenant
Courbevoie. Refuge de courte durée, puisque ces mêmes banlieues sont à leur
tour atteintes par la fièvre inflationniste.
Quant à avoir des enfants
à Paris, c’est un challenge que beaucoup hésitent de plus en plus à
relever. Les crèches sont rarissimes, et il n’est pas rare de devoir patienter
plusieurs années avant d’y obtenir une place. De quoi laisser à ces mêmes
enfants le temps d’avoir l’âge d’aller à l’école, diront les ironiques. La
mairie de Paris à certes fait un coup d’éclat en transformant l’ancien
appartement de fonction du maire de Paris en crèche, mais cette opération est
surtout symbolique, puisqu’elle ne permet d’accueillir que 35 enfants. Ajoutons
que le délai moyen d’ouverture d’une crèche est de 5 ans, et on comprendra
aisément que nous ne sommes pas sortis d’affaire (ou tirés de l’auberge).
Un autre problème de
Paris, mis en exergue récemment avec les tristes conséquences de la canicule,
concerne la solitude. Comme il est paradoxal d’être seul alors qu’on est
entouré de millions de gens ! C’est pourtant la triste réalité. A Paris,
les gens sont anonymes, on connaît à peine ses commerçants habituels, les gens
ont perdu l’habitude de discuter dans les files d’attente des commerces (le
stress ? Mais pourquoi vouloir vivre à 100 à l’heure ? Pour gagner du
temps ? Mais comment pourrait-on gagner quelque chose qu’on ne possède
pas ?)
A la campagne, au
contraire, les gens se connaissent, discutent, et, même si elle est empreinte
de jalousies et de mesquineries, on peut parler de vraie solidarité. A paris,
quelle tristesse de voir ces petits vieux attablés seuls aux tables de Mc
Donald ou du bistrot Romain.
La canicule apporta
une preuve terrible de la solitude de nos aînés ; les nombreux décès
furent concentrés dans les villes, et surtout Paris, et très peu d’entre eux
survinrent à la campagne. Quel exemple de solidarité pour les générations
futures ! Quand on pense qu’en Afrique, les anciens sont vénérés comme des
sages, et accueillis par leurs familles qui prennent soin d’eux lorsqu’ils ne
peuvent plus travailler !
Enfin, que Paris
serait agréable sans les parisiens. Qu’il est caricatural, le serveur
parisien et sa rudesse, surtout envers les touristes, son refus obstiné de
parler anglais ! Cette attitude n’est pourtant pas l’apanage des grandes
villes. Il n’est qu’à voir New York est ses serveurs serviables. Il est vrai
que la généralisation du pourboire comme unique salaire à New York n’est
certainement pas étrangère à cette attitude. Mais tout de même, demandez à un
New Yorkais et à un Parisien de vous aider à vous repérer sur une carte, et
vous verrez bien la différence.
Finalement, le
principal reproche que peut faire un non-parisien à Paris, consiste en ce
mot : « parisianisme ». Et oui, la France d’en haut est
parisianiste. Ce concept fait tourner la France autour d’un axe comme la Terre
autour d’un soleil qui s’appellerait Paris. Le parisien se sent supérieur, sans
doute parce qu’il a un pouvoir d’achat supérieur, qu’il est plus éduqué, plus
beau, plus cultivé, bref, qu’il est plus PARIS. Et il y a du vrai la-dedans.
« Paris vaut bien une messe ». Henri
IV, le roi connu pour sa jovialité et son appétit sexuel, montrait ainsi que
Paris valait bien quelques efforts, à la manière d’une jeune adolescente
acceptant un appareil dentaire et déclarant : « il faut souffrir pour
être belle ». Car, c’est à Paris que tout se passe :
D’abord, les films,
et en VO SVP. Les films sortent tous à Paris, le mercredi,
alors que seuls certains d’entre eux arrivent jusqu’en province, généralement
les super productions américaines à gros budget. La plupart du temps, en
Province, les films sont joués en VF, car les ploucs ne parlent pas un mot
d’anglais, et ne voient pas l’intérêt d’entendre la version anglaise. A Paris,
on sait bien que c’est tellement mieux d’entendre la vraie voix de l’acteur, et
de comprendre les subtilités des idiomes, qu’on ne pourrait vraiment pas
regarder 4 mariages et un enterrement en VF. Pour l’exemple de ce
complexe justifié de la province, signalons que le cinéma de Caudebec en caux,
dans le 76, se nomme « Le Paris », et joue en ce moment Matrix 2 !
N’oublions pas les théâtres : les artistes et les clients se concentrent à
Paris. A Paris, on peut voir une pièce de théâtre différente chaque soir
pendant toute la vie. En Province, on pense que le cinéma est un progrès par
rapport au théâtre, et donc qu’on a pas besoin d’aller au théâtre. Et enfin
l’Opéra. Il est vrai que l’Opéra est très cher à Paris, et mérite son statut de
loisir des élites. Mais quel plaisir d’écouter les plus grandes stars mondiales
se produire à l’Opéra Bastille, même si son architecture est contestable et
souffre de la comparaison avec l’opéra Garnier. En Province, est il besoin de
le rappeler, pas d’Opéra, tout juste des opérettes.
Le pouvoir politique,
évidemment, est à Paris. Les assemblées siègent à Paris, de
même que le gouvernement et les sièges des partis. Les députés passent le plus
clair de leur temps à Paris, et ont souvent tendance à se couper des
préoccupations de leurs administrés. Mais peut-on espérer réussir en politique
sans passer par la case Paris ? Tous les hommes d’Etat ayant compté en
France avaient un pied à terre en Province, avec souvent un mandat électoral,
mais leur vraie carrière, c’est à Paris qu’il l’on faite. Paris est d’ailleurs
considéré comme une rampe de lancement pour les destins politiques nationaux,
et on peut rappeler ici que l’actuel Président de la France, Jacques Chirac, a
été maire de Paris de 79 à 95. C’est pourquoi les élections communales sont
généralement convoitées à Paris par des ténors politiques nationaux en mal de
tremplin, comme Edouard Balladur ou Philippe Séguin, qui n’hésitent alors pas à
quitter leur petit mandat de Province.
Et que dire de l’incroyable
concentration de sièges sociaux, à peine concurrencé par le mouvement
américain de sun belt vers la côte d’azur et son centre des affaires de Sophia
Antipolis au début des années 90. Paris concentre 88% des sièges sociaux des
entreprises de plus de 500mE de CA. Nous entrons ici dans un cercle vicieux du
style « on ne prête qu’aux riches », ou « l’argent attire
l’argent ». Ce sont d’abord les élites qui font les meilleures études à
Paris. Polytechnique, HEC, ou encore Normale Sup, Science Po, l’ENA. Toutes ces
formations se déroulent à Paris, et la petite année passée par les énarques à
Strasbourg est un peu convaincant exemple de décentralisation (non adhésion des
énarques, fréquents A/R à Paris, seulement un an sur 3…). Les anciens élèves
sont alors incités à rester à Paris pour trouver un boulot à la hauteur de leur
formation. A l’inverse, les entreprises sont incitées à implanter leurs sièges
sociaux à Paris, puisque c’est là qu’elles pourront recruter les meilleurs
collaborateurs (et non main d’œuvre, qui s’emploie pour les ouvriers). Pour les
voyages d’affaires, Paris est la ville Française la mieux desservie, si bien
que les entreprises étrangères préfèrent s’implanter à Paris, ce qui permettra
à Madame la femme du PDG de la multinationale américaine d’aller à l’Opéra
pendant que monsieur sautera sa secrétaire dans son bureau avec vue sur la tour
eiffel. (aborder l’exception Toulousaine, avec l’aéronautique).
Et quand on pense que
Paris est en plus une des plus belles villes du monde, si ce n’est la
plus belle, avec ses Champs Elysées, certainement la plus belle allée du monde
(sinon, quelle autre, la 5ème avenue ?), le Moulin Rouge, et le
symbole de la France, pourtant si décrié à sa construction, la tour eiffel. La
Seine a permis de construire des ponts tous plus romantiques les uns que les
autres, tels le pont des arts, qui relie la culture à la culture, ou le pont
neuf, plus si neuf, mais toujours aussi beau et nouvellement restauré. Citons
en vrac Notre Dame, le Sacré Cœur, le Parc Monceau, (et…). On peut toujours
aller faire du tourisme en Province, et trouver du charme au petit village de
Sarlat, ou au Mont St Michel (…), mais les vrais touristes, les Japonais, ne
s’y trompent pas, et c’est à Paris qu’ils viennent !
Finalement, Paris concentre un nombre
extraordinaires d’avantages, mais est une ville très difficile à vivre, à moins
de jouir d’un niveau de vie largement au-dessus de la moyenne. Cependant, ne
faudrait-il pas plutôt sublimer le débat Paris Province, pour retenir l’aspect
essentiel pour la France, de posséder un porte-étendard tel que Paris.
La France a besoin
d’avoir un champion qui puisse la faire exister au niveau international,
et faire face aux mastodontes que sont Londres, New York, Tokyo, ou même
Barcelone. Quelle autre ville que Paris en France pourrait rêver accueillir les
JO d ‘été ? De même, quelle autre ville que Paris en France pourrait
prétendre être le siège d’organisations mondiales aussi prestigieuses que
l’UNESCO, et même l’ONU (pourquoi pas un projet de déménager l’ONU à Paris,
puisque les américains méprisent l’ONU, et ne paient même pas leur
cotise ?)
Des états fédéraux
comme l’Allemagne et ses nombreuses métropoles, telles que Hambourg, Brème,
Berlin, les villes-Lânder, mais aussi Frankfort pour la banque ( et pas les
saucisses !), Munich pour l’automobile, ou encore Leverkusen pour la
chimie, sont peut être plus équilibrés. Paris concentrant toutes les
richesses et les centres d’intérêts, ses habitants méprisant leurs
compatriotes, des rancœurs tenaces se sont développées chez nos compatriotes.
L’attitude volontiers frondeuse d’une ville comme Marseille, qui se retrouve de
manière caricaturale dans les antagonismes footbalistiques exacerbés, en est le
meilleur exemple. A vouloir trop tirer la France vers l’avant, Paris risque de
faire casser la corde qui la relie au reste de la France.
Dans Les eaux de
Mortelune, Paris est une ville asséchée qui manquerait d’eau. Cette BD doit
bien faire rire les habitants de Picardie, qui accusent Paris de les avoir
inondé, et sacrifié Beauvais pour préserver Paris
Sauf que Marseille et
Beauvais sont bien peu de choses à coté de Londres ou New York. Bref, on s’en fout.
L’histoire a créé un champion français, qui,
par son réseau routier, ferré, et aérien, présente tous les atouts pour porter
haut les couleurs de la France sur le plan international. En ces temps
troublés, où la France tente d’apaiser le monde, et de le fédérer autour de sa
longue expérience des relations internationales (expérience certes tâchée de
sang), nous ne pouvons que nous en réjouir.
A creuser :
L’auteur de cette réflexion est un provincial monté à la capitale. Il a grandi au rythme des « parisiens, têtes de chiens, parigots, têtes de veaux », avant de succomber aux charmes de la lumière. Il est donc particulièrement qualifié pour apprécier les antagonismes Paris-Province, bien plus que les snobinards parisiens avec lesquels il devra participer aux joutes oratoires du club Abélard.